Santé

Atrophie hippocampique : l’IRM et Scheltens ne suffisent pas à diagnostiquer Alzheimer

Éléonore Chassagne-Leroux 8 min de lecture
Atrophie hippocampique sur IRM, diagnostic Alzheimer avec Scheltens

L’atrophie hippocampique correspond à une diminution du volume de l’hippocampe, une structure cérébrale impliquée dans la formation des souvenirs. Sa mention sur un compte-rendu d’IRM peut inquiéter, surtout parce qu’elle est associée à la maladie d’Alzheimer. Elle ne suffit pourtant ni à poser un diagnostic ni à prédire seule l’évolution d’une personne. Son interprétation dépend de l’âge, des symptômes, de l’examen clinique et des autres résultats du bilan.

Ce que signifie une diminution du volume de l’hippocampe

L’hippocampe se situe dans la partie interne de chaque lobe temporal, à droite et à gauche du cerveau. Il appartient au système limbique et participe notamment à l’apprentissage, à la consolidation des informations nouvelles et à l’orientation. Une atrophie correspond à une perte de tissu cérébral dans cette région, visible à l’imagerie sous la forme d’une réduction de volume.

Quiz : Compréhension de l’atrophie hippocampique

Note : Ce quiz est à visée pédagogique uniquement et ne constitue pas un outil de diagnostic médical.

Pourquoi cette zone influence autant la mémoire

L’hippocampe intervient dans la mémoire épisodique, celle des événements vécus : un rendez-vous récent, une conversation ou le déroulement d’une journée. Il contribue aussi à la mémoire spatiale, qui permet de se repérer dans un lieu et de retrouver un trajet familier. Lorsqu’il fonctionne moins bien, les difficultés touchent souvent l’enregistrement des informations nouvelles plutôt que les souvenirs anciens, qui peuvent rester accessibles plus longtemps.

On peut comparer l’hippocampe à un filtre de tri à l’entrée de la mémoire durable. Au fil de la journée, il aide à sélectionner, organiser et consolider les informations qui pourront être retrouvées plus tard. Une personne peut ainsi sembler attentive pendant une conversation, puis ne plus se rappeler l’échange quelques heures après. Cette différence entre « ne pas avoir entendu » et « ne pas avoir retenu » donne au médecin un indice plus précis que le simple constat d’oublis.

Une anomalie qui n’a pas une cause unique

Le volume hippocampique peut diminuer avec le vieillissement. Une réduction plus marquée ou plus rapide peut toutefois être observée dans différentes situations neurologiques. La maladie d’Alzheimer est la cause la plus connue, car l’hippocampe compte parmi les régions atteintes précocement. D’autres mécanismes peuvent être envisagés selon l’histoire médicale, les traitements, les troubles de l’humeur, les événements neurologiques ou le contexte vasculaire.

Le stress chronique et l’exposition prolongée à des glucocorticoïdes ont également fait l’objet d’hypothèses scientifiques concernant une réduction du volume hippocampique. Ces liens ne permettent pas, à eux seuls, d’expliquer un résultat individuel. Le médecin doit toujours rapprocher l’image des symptômes et du parcours de la personne.

Pourquoi l’atrophie hippocampique est liée à la maladie d’Alzheimer

Dans la maladie d’Alzheimer, les troubles de la mémoire récente sont souvent au premier plan. L’atteinte de l’hippocampe peut contribuer aux difficultés à apprendre ou à récupérer des informations nouvelles. C’est pourquoi l’atrophie hippocampique est considérée comme un marqueur important dans le bilan diagnostique.

Un marqueur n’est pas une preuve isolée. Une IRM peut montrer une atrophie chez une personne qui n’a pas la maladie d’Alzheimer. À l’inverse, une personne au début d’un trouble neurocognitif peut présenter une imagerie peu parlante. Le diagnostic repose sur la convergence de plusieurs éléments : la plainte de mémoire, l’évolution des difficultés, l’autonomie au quotidien, l’examen neurologique, les tests neuropsychologiques et, si nécessaire, d’autres examens complémentaires.

  • Des oublis occasionnels, compensés par des notes ou des habitudes, ne traduisent pas automatiquement une maladie.
  • La répétition fréquente des mêmes questions ou l’oubli rapide d’une information importante justifie une évaluation médicale.
  • La désorientation dans des lieux connus, les difficultés à gérer des tâches habituelles ou une perte d’autonomie rendent le bilan particulièrement nécessaire.

Le terme d’atrophie ne renseigne donc pas, à lui seul, sur la cause des troubles ni sur leur évolution. Il décrit un aspect observé sur une image. Sa valeur dépend de la situation clinique dans laquelle il est découvert.

IRM et échelle de Scheltens : lire un résultat sans tirer de conclusion hâtive

L’IRM cérébrale permet d’observer la structure du cerveau et d’apprécier l’aspect des régions temporales internes. Elle sert à rechercher une réduction du volume hippocampique, mais aussi d’autres anomalies susceptibles d’éclairer les symptômes. Elle ne remplace jamais l’évaluation de la mémoire, des autres fonctions cognitives et du fonctionnement quotidien.

Le rôle de l’échelle de Scheltens

L’échelle de Scheltens propose une lecture visuelle de l’atrophie temporale médiale, une région qui comprend l’hippocampe. Le radiologue ou le clinicien examine notamment l’élargissement des espaces autour de cette zone et l’aspect général de l’hippocampe. Cette grille aide à structurer la description et à apprécier l’importance de l’atrophie en tenant compte de ce qui est attendu selon l’âge.

Le chiffre ou la mention inscrite sur un compte-rendu ne doit pas être lu comme un verdict. Une asymétrie entre les deux côtés, une variation anatomique individuelle ou la qualité technique de l’examen peuvent influencer l’interprétation. Le résultat devient plus informatif lorsqu’il est comparé à des IRM antérieures. Une évolution dans le temps peut apporter davantage d’éléments qu’une image prise isolément.

L’échelle de Scheltens ne remplace pas non plus l’analyse du médecin. Elle organise une observation radiologique, mais ne permet pas de déterminer seule si une personne souffre d’Alzheimer, d’un trouble cognitif léger ou d’une autre affection.

Vieillissement normal, trouble cognitif léger et Alzheimer : les repères essentiels

La différence entre vieillissement habituel et atteinte pathologique ne se résume pas à la présence d’un oubli. Elle repose surtout sur la fréquence des difficultés, leur progression et leurs conséquences dans la vie courante. Le trouble cognitif léger, aussi appelé TCL ou MCI, correspond à une baisse objectivée de certaines capacités, souvent la mémoire, sans retentissement majeur sur l’autonomie. Il peut rester stable, s’améliorer ou évoluer. Il ne se confond donc pas avec une maladie d’Alzheimer.

Situation Manifestations habituelles Autonomie Place de l’atrophie hippocampique
Vieillissement normal Oublis ponctuels, information retrouvée avec un indice Préservée Une diminution lente peut exister avec l’âge
Trouble cognitif léger Difficultés mesurables, souvent mnésiques, sans perte fonctionnelle majeure Globalement préservée Peut être présente ou absente selon la cause
Maladie d’Alzheimer Troubles progressifs de la mémoire et d’autres fonctions cognitives Atteinte progressivement Marqueur fréquent, intégré à un ensemble d’arguments

Cette comparaison montre pourquoi l’interprétation doit rester individualisée. Une plainte cognitive peut être favorisée par la fatigue, l’anxiété, un épisode dépressif, le sommeil ou certains médicaments. À l’inverse, une personne peut minimiser ses difficultés alors que son entourage observe des changements répétés. Lorsque cela est possible, le dialogue avec les proches apporte des informations utiles sur l’évolution et le retentissement au quotidien.

La vitesse d’évolution compte également. Des oublis anciens et stables ne se lisent pas de la même manière que des difficultés apparues récemment et devenues plus fréquentes. Le médecin cherche aussi à savoir si la personne peut encore gérer ses rendez-vous, ses traitements, ses démarches ou les activités habituelles.

Que faire après la découverte d’une atrophie hippocampique

La première étape consiste à reprendre le compte-rendu avec le médecin qui a demandé l’IRM ou avec le médecin traitant. Il pourra relier le résultat aux raisons de l’examen, aux antécédents et aux symptômes. En cas de difficultés persistantes ou évolutives, une consultation spécialisée en neurologie, en gériatrie ou dans une consultation mémoire peut être proposée.

Préparer un bilan utile

Pour rendre la consultation plus concrète, il est utile de noter depuis quand les troubles sont apparus, les exemples observés, leur fréquence et leur impact réel : erreurs de rendez-vous, difficulté à suivre une recette habituelle, pertes d’objets, problèmes d’orientation ou de gestion administrative. Il faut également signaler les changements de sommeil ou d’humeur, les traitements en cours et les antécédents médicaux.

Un bilan neuropsychologique peut évaluer plusieurs fonctions, au-delà de la mémoire : attention, langage, raisonnement, fonctions exécutives et capacités visuospatiales. Cette approche évite de réduire une personne à son IRM. Face à une atrophie hippocampique, l’objectif est de comprendre un profil cognitif, de rechercher une cause possible et d’organiser un accompagnement adapté, sans anticiper un diagnostic qui n’a pas été posé.

Éléonore Chassagne-Leroux
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